le.ROUGE.&.le.BLANC - n°73 - printemps 2004 ...
COUPS DE COEUR !... extrait :
"Les nouveaux mousquetaires du Fitou ! Voilà comment aiment à se surnommer Jean-Michel Schmitt, Marie et leur fils John, auxquels s'ajoute Maxime Magnon, associé et vinificateur, venu les rejoindre au terme d'un long parcours de "compagnon" du Beaujolais à Cornas (Thierry Allemand) en passant par la Champagne (Anselme Sélosse) et la Suisse (Jean-Michel Novelle).
Certains reconnaîtront Jean-Michel Schmitt dans les traits du restaurateur régalant jadis ses hôtes au Comptoir du Victuailler à Gordes, d'autres dans celui d'un épicurien, tout simplement. Encore qu'il ne faille pas entendre ce qualificatif comme une référence à la doctrine sobre et sévère d'Epicure (confusion si fréquente), mais bien comme le synonyme d'une vie attelée à la recherche du plaisir. Un plaisir compris cependant comme une diététique particulière : la construction de son existence pour ne pas la subir, la perpétuelle activation du désir pour ne pas vivre tristement. Il est alors aisé de comprendre que Jean-Michel ait pu avoir un coup de foudre pour le vignoble languedocien qu'on lui proposait de reprendre (une véritable "fulgurothérapie", pour paraphraser Arto Paasilinna), en plein coeur des Corbières, un terroir exceptionnel de calcaires et de schistes décomposés. Les vignes sont situées non loin du col d'Extrême. Ce lieu, assez difficile d'accès, invite à la méditation. On se sent loin de tout, on contemple les reliefs qui vous cernent, les arbousiers, les sistes, les bruyères arborescentes. On y hume les senteurs profondes de la terre et de la flore sauvage. La conviction de Jean-Michel Schmitt est qu'une telle nature ne peut produire qu'un vin d'exception. Encore faut-il respecter sa respiration, son rythme, son mystère. Donc pas de poison pour la terre. Attendre le moment propice pour vendanger les raisins mûrs. Aussi ne serons-nous pas étonnés d'apprendre que les rendements sont inférieurs à 25 hl/ha ! La vendange, bien évidemment manuelle, est mise en cagettes puis transportée dans un camion frigorifique. Le mode de vinification choisi est la macération carbonique, pas de sulfitage, pas de chaptalisation. Le Fitou est ainsi élevé dix-huit mois en cuve béton, puis en fûts de cinq vins ou en fûts neufs (10%). Assemblage avant mise, ni collage, ni filtration.
Le résultat ? Impressionnant, comme en témoignent les appréciations du comité de dégustation concernant le Fitou Maria Fita 2001 (cépages grenache, lladoner pelut, carignan, syrah). Nez sur des raisins très mûrs, poivre, fruits noirs (cassis, mûre). Bouche riche, puissante, exprimant incroyablement son terroir. Soyeux des tanins, densité de la matière. Magnifique équilibre. Ce breuvage fait presque penser à un porto vintage. C'est un vin d'une grande richesse et d'une sophistication sans excès. A boire maintenant sur le fruit, après une longue aération, ou dans dix ans. Il convient de préciser qu'il s'agit du premier millésime vinifié par le domaine, ce qui laisse pantois... Les 2002 - goûtés (non assemblés) sur place - avec un élevage plus nuancé, ne devraient rien avoir à envier aux 2001.
Fitou 2001 à 20 € (franco de port à partir de 60 bouteilles)."
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